Pierre Vincent – Photographe » Underdressed

Underdressed

Ça ne m’arrive pas souvent, mais ce matin, j’étais clairement underdressed par rapport à 3 comptables en réunion (on était 4, eux, face à moi, façon Matrix) vétus d’impécables costumes cravates dont seul l’épingle faisait montre de fantaisie. De mon coté, un Jean Bootcut légèrement usé, un pull à col haut un peu passé, et surtout le collier de barbe façon Hemingway (dont il est dit dans l’excellent livre de Roetzel que « tout homme doit l’essayer une fois dans sa vie avant de l’abandonner rapidement »).
Donc en gros, moi l’informateux de base en face des grands gardiens de la connaissance comptabilistique.

Ils ont commencé à me parler, j’ai fais semblant de comprendre… normal. Du coup, pour remettre la balle au centre, je leur ai parlé du codage des requêtes qu’ils ont demandé, histoire de dire : Si vous souhaitez jouer à ça, on va jouer.

Pourtant d’habitude, j’ai plutôt tendance à sur-habiller ma personne, car si « il ne faut pas de baser sur l’apparence », il est vrai aussi que « on a pas deux fois l’occasion de faire une bonne première impression ».

Donc nous étions là à échanger, eux sur les déversements et imputations, moi répondant sur les traitements de nuit et la taille des tables de données, lorsque la conversation a dérivé sur le nouveau directeur local et son CV d’énarque.

Dans un moment presque magique, j’ai eu l’impression de disparaitre alors qu’ils échangeaient sur leurs études sans plus faire attention à moi. Et de mon poste d’observateur face à ces 3 costumés, j’ai pu reprendre confiance dans l’ascenseur social. « Moi j’ai raté le Capès après ma licence de Math’ pure » a été la phrase qui achevait de me redonner une bouffé d’espoir dans l’avenir.

Nous avons repris la réunion, et nous sommes même arrivé à un semblant de compréhension.

Et grâce à tout cela, et aussi à la dame sans age que j’ai croisé dans le métro et dont on aurait dit que son manteau avait passé les années sans problèmes depuis 1942, et qui transportait par la poignée une machine à écrire digne des plus beaux bureaux de détectives privés de Chicago, ma journée a très bien commencée.

Il faudra quand même que je pense à me raser…


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